(Extraits du guide pratique Mairie - 2005 - Stéphane TRELA)

Jusqu'au début du XIXème siècle où COUTICHES et FAUMONT se séparent, le village est le plus vaste et le plus peuplé de la région. Il s'étire de MONS-EN-PEVELE à BOUVIGNIES. Au moyen-âge, il faisait partie du comté de Flandre. Le Roi Charles le Chauve l'a créé en 864 pour son gendre Baudouin Bras de Fer.
Progressivement les comtes deviennent plus puissants et plus riches que les Capétiens, rois de France. Ils ne cessent de lutter contre leur suzerain pour conserver leur indépendance. Ils n'hésitent pas à s'allier à des souverains étrangers : Roi d'Angleterre ou empereur d'Allemagne. Les batailles de BOUVINES (1214) et MONS -EN-PEVELE (1304) se soldent par les victoires de Philippe Auguste et Philippe le Bel. Elles représentent d'amères défaites pour les Flamands que nous sommes. On sait que les seigneurs de COUTICHES, NOMAIN, LANDAS, BERSEE combattirent à BOUVINES au côté de Ferrand du Portugal, l'époux de la comtesse Jeanne. C'est le célèbre "Ferrand le Ferré", enchaîné et retenu 12 ans en captivité à PARIS. Grande humiliation et souffrances des habitants. Les Coutichois craignent et détestent les rois de France et leurs lourds impôts. Durant la guerre de cent ans (1337 - 1453) rappelons que Jeanne d'Arc est notre ennemie. La France et la papauté en feront une sainte mais le temps aura alors passé.

Faute d'héritier direct, le comté revient à Marguerite, soeur de Jeanne. En 1244, Marguerite donne le marais de FLINES à six villages dont COUTICHES. Les revenus sont réservés aux pauvres jusqu'en 1818, date de la ventre de notre part : 198 rasières soit environ 98 hectares. Il fallait financer la construction de l'église. Le XIIIème siècle connaît des années de prospérité grâce à l'activité drapière. On file et on tisse la laine dans toutes les chaumières.
En 1234 on trouve mention d'une CILIA, censière d'Hellignies, titulaire de la mairie de COUTICHES. C'était un fief qu'on achetait et transmettait à ses descendants. Les fonctions de cette première mairesse n'avaient rien à voir avec les élections et les attributions des maires actuels. Cette coutichoise dont nous ne savons rien, a inspiré la réalisation de la géante en juin 2000.
En 1384, suite au mariage de l'héritière de la Flandre avec Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, nous devenons sujets bourguignons. Au XVème siècle, il devient l'un des états les plus riches de l'Europe occidentale. La maison de Flandre ne donnant que de rares fils, c'est encore par mariage d'héritières que nous passons aux Habsbourg d'Autriche. Marguerite de Bourgogne nous apporte en dot à l'archiduc Maximilien. L'autriche fait partie du Saint empire Romain Germanique.
En 1519, Charles Quint, flamand né à GAND, petit fils de Maximilien et de Marguerite, hérite la Flandre de sa grand mère. Déjà roi d'Espagne, d'Autriche, des Pays-bas, des Amériques, il est alors élu empereur d'Allemagne. Grande colère de son rival Francois 1er. Nous sommes alors sous domination espagnole. Suivent trente ans de guerres destructives. Le roi de France, prisonnier à PAVIE, perd définitivement ses droits de suzeraineté. Le comté est placé sous l'autorité directe de Charles Quint. En 1532, le duc de Croÿ est gouverneur, entre autres, des villes et chatelleries de LILLE, DOUAI et ORCHIES dont nous dépendons.
En 1555, Charles Quint abdique. Il partage son empire entre son frère et son fils Philippe II, roi d'Espagne. La Flandre échoit à ce dernier. Les Pays-bas espagnols deviennent notre pays. Seconde moitié du XVIème siècle, la réforme calviniste gagne la Pévèle. Les "gueux", groupe de protestants fanatiques, courent la campagne, pillent, détruisent églises et chapelles. Les espagnoles, censés nous protéger, vivent sur un pays exsangue jusqu'en 1586... Trente années de misère.
Et la France reprend les hostilités sous Louis XIII et louis XIV. Va et vient des troupes qui saccagent la contrée. Les soldats volent, tuent, violent, icendient l'église en 1654, mettent à sac la ferme d'Hellignies en 1656. Les habitants terrorisés ne sortent plus de chez eux, ne cultivent plus les champs trop éloignés, n'osent plus aller à l'église faire baptiser leurs enfants.
Juillet 1664 voit la prise de DOUAI. Le traité d'AIX-LA-CHAPELLE en 1668, nous donne avec DOUAI, ORCHIES, LILLE à la France. Les habitants ne se réjouissent absolument pas de ce rattachement à un pays où les impôts sont lourds. Il faudra financer les guerres, les luxes de la cour, la construction de Versailles. Par contre, les flamands savent gré aux souverains bourguignons, autrichiens et espagnols de leur avoir conservé une certaine autonomie et apporté la prospérité anéantie par les troupes françaises. L'intégration au royaune de la France sera d'autant plus lente que subsitera jusque la révolution, une barrière douanière entre les provinces du Nord et le reste du pays. En 1694 Vauban qui fortifie la nouvelle frontière, parle du "peu d'affection des habitants pour la France".
Depuis le XVIIIème siècle, notre village n'a plus connu de changement de pays. Il est resté en France. Les occupations étrangères n'en continuèrent pas moins. Hollandais en 1710, Autrichiens, Anglais, Hollandais en 1644. Autrichien de 1792 à 1794, lors des guerres révolutionnaires. Hanovriens et Hollandais de 1817 à 1818 après WATERLOO, et la chute de Napoléon Ier. Allemands de 1914 à 1918 et de 1940 à 1944. Ces troupes étrangères rançonnaient le pays : réquisitions, contributions de guerre (75.000 francs de 1815 à 1818, 51.000 en 1915), corvées, logement des soldats, sans compter les destructions et les morts.
C'est malheuresement au cours des guerres de la révolution et de l'empire, quand le pays lutte seul contre toute l'Europe, que vont apparaître et se développer les sentiments d'appartenance à la nation française et la notion de patrie. Enfin, les 3 conflits avec l'Allemagne, accompagnés de 2 rigoureuses occupations militaires, ont achevé de souder entre elles les anciennes province. Nous formons désormais une nation et un état uniques.
Surprenante histoire de COUTICHES mais c'est sans doute là le sort des régions frontalières. On se sentait d'abord Flamands (Wallons, bien sûr!), parlant le picard, notre "rouchi" et non le bon français. On se sentait, d'abord membre d'une collectivité locale aux horizons limités car on voyageait peu. Au gré dse traités, des mariages, des héritages, des guerres gagnées ou perdues par les rois et les princes, des traités de paix, on devenait Bourguignon, Autrichien, Espagnol ou Français. Cela n'avait dans le fond, pas grande importance. Le pain quotidien à assurer, la famille à élever, les impôts à payer pesaient d'un autre poids dans le quotidien de nos ancêtres que la nationalité, notion absente des mentalités. On voulait la paix, la province prévalait sur le pays.